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Yllka

Née en 1988
à Prishtina,
Kosovo

Arrivée en Suisse
en 1998

Extraits du livre

Ne vous faites pas tuer

«C’était un matin. J’étais en troisième année, les milices serbes ont jeté du gaz lacrymogène dans la cour de récréation puis jusque dans les classes. Nous étions tétanisés, la maîtresse nous criait de nous cacher sous les tables, puis elle a supplié: “Partez, éparpillez-vous, rentrez chez vous, ne vous faites pas tuer”. Je ne l’ai jamais revue.»

 

Mon père

«Lorsque je vois mon père penché sur un ouvrage de philosophie, je sens monter en moi un sentiment de fierté infini. Cet homme s’est sacrifié pour une cause, quel parent peut en dire autant? Pourtant, en famille, on parle peu du passé. Mon père n’évoque que rarement ses années de privation de liberté. Par pudeur? Sûrement: chez nous, les hommes n’évoquent pas leur douleur. Les souffrances, comme le bonheur, sont contagieuses, il ne faut pas trop les partager.»

 

Ma mère

«La relation que j’ai avec ma mère est empreinte de respect et d’admiration. Elle a connu la solitude d’une femme élevant seule cinq enfants pendant plusieurs années, les privations, la guerre. Elle a toujours fait face avec beaucoup de courage. Elle nous encourage avec mes frères et sœurs à poursuivre nos études, à apprendre des langues. A ses yeux, l’autonomie financière est essentielle à une vie réussie. Parfois lorsque nous discutons toutes les deux, elle me dit que la Suisse lui a rendu sa dignité de femme que le régime serbe lui avait volé; elle n’a pas oublié son licenciement qui la précipitée dans la pauvreté en ne lui laissant que le rôle de femme et mère au foyer auquel elle n’avait pas aspiré.»

 

L’enfance

«Le soir, tous ensemble, nous écoutions la radio en silence; nous apprenions que le village d’à côté avait été bombardé: combien y-avait-il de morts? Quelle autre ville avait aussi été envahie, combien de personnes en fuite, sur les routes? J’avais huit ans, j’avais neuf ans. J’écoutais sans un mot, et le lendemain j’allais en classe. J’aimais bien l’école, mais je restais sur le qui-vive, jamais on ne parlait politique… Et si un père avait envoyé son fils comme espion? Il fallait rester prudent, toujours sur ses gardes. C’était ça, mon enfance.»

 

Menacée dans un bus

«Je me souviens d’un contrôle dans un bus scolaire. Lorsque la milice a reconnu le nom de mon père sur la pièce d’identité que je leur tendais, ils m’ont invectivée, frappée et jetée hors du bus en me saisissant par les sangles de mon sac d’école. J’ai atterri dans la poussière. Si j’ai crié? Surtout pas, il ne fallait pas se faire remarquer, j’ai nettoyé mon vêtement et j’ai rejoint ma classe.»

 

Sur la route de l’exil

«Nous étions affamés, avec mes frères et sœurs, nous dévorions le pain que ma mère avait réussi a subtilisé, nous ajoutions beaucoup de sucre. Certaines familles qui nous logeaient gratuitement estimaient normal de prendre le peu de nourriture que ma mère recevait de la Croix-Rouge. Nous errions toute la journée, il n’y avait rien à faire. On allait à la mer, mais je ne savais pas nager, je m’étais fait quelques amies, qui s’amusaient à plonger. Je les regardais au loin rire de bon cœur. Je restais seule sur la plage, des milliers de questions hantaient mon esprit. Qu’allions-nous devenir? Qu’allais-je devenir?»

 

La pauvreté

«J’ai su ce que pauvreté voulait dire lorsque j’ai découvert l’aisance. Si on n’a rien connu d’autre, comment savoir ce qui pourrait nous manquer ? Avec mes cousins et cousines, nous n’avions pas de jouets, on s’amusait tout un après-midi avec un morceau de bois et on riait beaucoup.»

 

Albanaise du Kosovo

«A mes yeux, le Kosovo n’existe pas vraiment, nous sommes des Albanais qui vivons dans un pays qui a été baptisé Kosovo. Je ne dis jamais que je suis Kosovare, je dis que je suis une Albanaise du Kosovo. Nous possédons le même drapeau, nous parlons la même langue que les Albanais. D’ailleurs, en Angleterre, ils ne font pas cette erreur: à Londres, les gens me disent: “Ah, vous êtes Albanaise!” Jamais ils n’emploient le mot «kosovar»: c’est propre à la Suisse de nous appeler ainsi, peut-être parce que la Confédération s’est beaucoup impliquée pour la création du nouvel Etat.»

 

Discrimination

«A seize ans, j’ai postulé pour travailler les week-ends dans une poissonnerie. Le gérant, lorsqu’il a su que j’étais Albanaise, m’a demandé si j’avais un casier judiciaire. Je ne savais pas ce que cela voulait dire, mais j’ai compris que c’était grave, qu’il y avait un lien avec la loi, la justice. Pourquoi me demander ça? J’ai refusé le poste.»

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