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Thérèse

Née en 1957
à Bukeye-Nyambo,
Burundi

Arrivée en Suisse
en 1994

Extraits du livre

Ils nous ont tout pris

«Après avoir assassiné mon père, ils nous ont tout pris, la propriété, le bétail, le camion, jusqu’à son vélo et sa pièce d’identité qui faisait office de livret de famille. Ils ont vidé les comptes. Ils voulaient détruire notre maison, j’entends encore un policier se vanter: “Savourons notre victoire et allons-en. Ils n’ont plus rien, la mère et les enfants ne survivront pas!”»

Le début de la guerre

Bujumbura se situe au bord du lac Tanganyika. Thérèse abandonne sa maison en novembre 1993, un mois après l’assassinat de Melchior Ndadaye. «C’était violent, sanglant. On s’était réfugiés chez des amis qui nous ont abrités; une chance, car beaucoup dormaient à la belle étoile, et la nuit il faisait très froid. Au loin, on entendait le bruit des mitraillettes, des mortiers, des bombes. On entendait les cris des gens torturés, massacrés. On a failli être exécutés plusieurs fois, je me demande encore comment nous en avons réchappé.»

L’arrivée en Suisse

«Quand nous sommes arrivées avec nos robes légères à manches courtes, nous avons été saisies par le froid. On venait d’un pays tropical: le brouillard, on ne savait pas ce que c’était. Au début on empilait les tenues les unes sur les autres. Après nous avons appris qu’il existait des vêtements chauds et adaptés pour la saison. Là-bas, le Burundi, n’était plus ce pays de soleil que nous aimions tant. On s’est résignés, il était inutile de seulement imaginer y retourner: il suffisait de se remémorer les bruits des grenades, les jets de pierres, les massacres à la machette, les longues épées, les cadavres jonchant les routes. Mais si j’étais consciente d’être une privilégiée, l’intégration ne fut pas simple. J’étais une maman seule, vraiment seule, avec mes deux filles. Dans le premier centre, on dormait à huit dans une petite chambre, avec des lits superposés. Il régnait une discipline rigoureuse.»

Sa première fête nationale

«Je me souviens de notre premier 1er août, on était à Genève depuis 6 mois, lorsque nous avons entendu les pétards, vu des feux immenses sur le lac, au loin dans des villages. Avec mes filles nous nous sommes précipitées dans le centre, nous sommes restées cachées sous le lit jusqu’à ce que les bruits se calment. J’étais horrifiée, même la Suisse n’était pas un pays sécure, même en Suisse nous étions en danger! Je me souviens aussi lorsque nous voyions de simples militaires avec leur barda qui patientaient à un arrêt de bus, nous prenions nos jambes à notre cou. Si maintenant je ris de ces mésaventures, je mesure à quel point nous étions traumatisées.»

Vers l’indépendance

«Nous avons déménagé dans notre propre appartement, à Châtelaine, un quatre pièces avec deux chambres, un salon et une cuisine. Je bondissais de bonheur. J’avais un salaire qui me permettait de quitter l’Hospice général, j’étais autonome, je pouvais voler de mes propres ailes. En 2011, j’ai obtenu le passeport suisse. Quelle joie! J’ai pour la Suisse une reconnaissance éternelle, elle m’a offert une patrie, la sécurité, une éducation pour chacun de mes enfants, un travail et de nombreux amis.»

Premier retour au pays

«Je suis arrivée à Bujumbura en 2002, je me suis rendue dans le quartier où j’avais vécu de si belles années, je voulais voir si ma maison était encore debout. Elle avait été rayée de la carte. Ce fut un choc, c’était insensé, cette maison où j’avais vécu de si beaux moments n’existait plus. J’ai voulu me rendre au nord sur la tombe de ma mère, la situation était encore tendue. C’était trop dangereux. A partir de 17 heures, il n’y avait pas âme qui vive dans la rue, il fallait vite regagner son domicile. On entendait des tirs, des cris dans la nuit.»

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