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Maryam

Née en 1974
à Kaboul,
Afghanistan

Arrivée en Suisse
en 1982

Sœur de Zamila

Extraits du livre

Dans les rues de Kaboul

«En 1999, à Kaboul, j’ai dû porter le voile, et ces invraisemblables couches d’habits sous lesquels on crève de chaud. J’étais couverte des cheveux aux orteils, mais je ne me suis jamais sentie aussi nue. Dans la rue, certains hommes me jetaient des amandes dans le dos pour que je me retourne et qu’ils puissent voir un peu de mon visage. Quand je racontais ça à ma mère, elle en riait. Mais je trouvais leur comportement insultant.»

Le défi de l’intégration

«Pour un enfant issu de la migration, le défi est énorme: il faut apprendre une langue, apprendre à l’écrire, découvrir les bonnes méthodes de travail dans un nouvel environnement scolaire. Ça fait beaucoup d’informations à assimiler! En plus, il faut essayer de comprendre les codes sociaux permettant de s’intégrer. On ne mesure pas toujours la difficulté de cet apprentissage. Je donne un exemple: je venais d’un endroit où, quand des hommes étrangers à la famille entraient dans une pièce, les femmes devaient immédiatement en sortir. Ici, en Suisse, tout était différent. Est-ce qu’il fallait rester discrète, effacée, est-ce qu’il fallait s’imposer? Comment être soi-même, comment “être” tout simplement dans l’espace public?»

La xénophobie

«Les enfants ne sont pas instinctivement racistes; s’ils le deviennent, c’est certainement l’influence familiale et l’éducation reçue. Je me souviens d’une scène qui m’a marquée. J’étais chez une petite camarade, nous jouions dans sa chambre remplie de jouets (pour moi on était chez Disney!). Sa mère est entrée dans la pièce et a dit, en s’adressant à elle seule: “Viens, on va goûter.” Elle ne m’a pas proposé de les accompagner. Je suis restée toute seule dans la pièce. Après ce goûter, nous avons recommencé à jouer ensemble et, au moment de partir, la mère nous a rejointes et a fouillé mes poches pour vérifier si je n’avais rien volé. Pour un enfant, c’est un comportement ultra violent, ça m’a marquée pour longtemps.»

Passage naturel à la politique

«J’ai toujours été intéressée par le débat politique. Enfant, quand j’entendais des adultes en parler, j’étais déjà attentive. Mais en famille, je n’avais pas voix au chapitre. Un jour, alors que je venais d’obtenir mon permis de vélomoteur, je suis intervenue dans une conversation de mon père avec mes frères sur le trafic, la circulation. Ils se sont subitement tus. C’était étrange parce que nous ne touchions même pas à un sujet “sensible” comme la religion ou les mœurs. Comme si, indépendamment du sujet traité, une fille ne pouvait pas avoir sa place dans un espace de discussion avec les hommes. Je l’ai ressenti comme une incroyable injustice. Et du coup, je me suis mise à débattre avec mes amies et mes camarades sur tous les enjeux politiques de l’époque, sur les votations, les élections. Le passage à la politique s’est fait tout naturellement à partir de là.»

La xénophobie en politique

«Mes collègues n’attachent guère d’importance à mes origines – certains sans doute ne les connaissent même pas. On peut bien sûr rencontrer des réactions xénophobes chez certains électeurs. Un jour, à la veille des élections, un collègue politicien m’a dit: “Vu tes origines, tu seras quelquefois biffée, mais tu passeras.” C’était plutôt raide de le dire comme ça, mais c’était vrai: on m’a quelquefois biffée à cause de mon nom. Mais je ne le prends pas personnellement, parce que je me sens tout à fait suissesse, j’ai épousé les valeurs de ce pays, avec sa culture et sa langue: aujourd’hui, je pense et je rêve en français.»

Chez moi, désormais, c’est ici

«Après la chute des talibans, je me disais que, puisqu’ils avaient été battus, je retrouverais le pays que j’aimais, mais l’Afghanistan de mon enfance avait simplement disparu. A moins d’un miracle, il n’existera plus. Je ne suis pas sûre que je le reverrai de mon vivant, sauf peut-être pour le montrer à mes filles si cela redevient possible. D’autre part, je m’étais vraiment enracinée à Genève avec l’enseignement et la politique. “Chez moi“, désormais, c’était ici. Ce fut une sorte de rupture affective, difficile, douloureuse, mais nécessaire. Je rompais avec un pays resté tellement patriarcal, et aussi, d’une certaine manière, avec ma famille si pesamment conservatrice. Aujourd’hui, j’aide régulièrement une femme seule qui vit à Kaboul avec ses enfants, dont j’espère pouvoir financer les études.»

S’affranchir de sa communauté

L’obstacle le plus sérieux que rencontre une femme migrante, c’est de s’affranchir de sa communauté, surtout si elle est patriarcale; il lui faut fuir ce père, ce frère qui refusent qu’elle ait une vie sentimentale, qu’elle existe en dehors du cadre familial. J’avais des amies qui ont dû porter une queue de cheval jusqu’à l’âge de 18 ans. Lorsque l’une d’elles quittait le domicile, la mère s’assurait que sa fille n’avait rien dans son apparence, dans son habillement qui puisse attirer le regard des hommes. Je suis scandalisée, ces jeunes femmes transpirent le mal être. Elles doivent absolument rompre avec leur milieu si elles veulent trouver un équilibre, et ensuite du travail. C’est une véritable chape de plomb qui pèse sur elles, un plafond de verre qu’elles doivent percer, pour embrasser les valeurs de l’Europe, les valeurs de la Suisse.»

L’Afghanistan s’enfonce dans le néant

«Je suis très inquiète. Les talibans n’ont pas les compétences intellectuelles pour diriger un pays. Je me rappelle avoir lu qu’un journaliste avait présenté une mappemonde à un des dirigeants actuels et qu’il n’a pas su situer l’Afghanistan. Il ne voyait même pas où se trouvait l’Asie. Je trouve dangereux qu’un pays se prive de la moitié de ses cerveaux. Interdire l’école aux filles est terriblement dommageable. Ce qui me choque chez les talibans, c’est leur niveau intellectuel très bas, leur conservatisme, leur vision étriquée du monde; c’est terrible, car une large partie de la population leur a fait confiance et elle meurt maintenant de faim. Il y a quelques dizaines d’années, l’Iran et l’ayatollah Khomeiny imposaient le port du tchador, le pays semblait perdu. Mais aujourd’hui, en Iran, les femmes ont accès à l’université, elles conduisent leur propre voiture. L’Iran s’ouvre au monde, s’émancipe au moment où l’Afghanistan s’enfonce dans le néant.»

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